LA F1 SANS CHAMPIONNAT

Lorsqu’on lit une revue actuelle sur le sport automobile, et plus particulièrement sur la Formule 1, on a le sentiment que la discipline reine n’existe que depuis 1950. Comme si elle était sortie de nulle part. Un exemple flagrant est l’énoncé des statistiques. Celles-ci sont exclusivement basées sur le championnat du monde de F1 et occultent les autres courses qui se sont déroulées dans cette discipline. Car des courses de F1 disputées hors-championnat du monde il y en eut plus d’une. Et la F1 est née bien avant 1950.

Puisqu’il faut un début, partons du 24 juin 1946. La guerre s’est terminée un an avant et l’assemblée générale de l’A.I.A.C.R. (Association Internationale des Automobile Clubs Reconnus)  se réuni pour changer ses statuts, changer de nom pour devenir la F.I.A. (Fédération Internationale de l’Automobile) et préparer le règlement de la nouvelle Formule Internationale prévue pour les années 1947-1951.

Le règlement de cette formule est très largement inspiré de celui de 1939 : des monoplaces équipées de moteurs de 1,5 litre avec compresseur ou de 4,5 litres sans compresseur. Ainsi le 1er septembre 1946, le Grand Prix de Turin va être organisé suivant cette nouvelle formule. Néanmoins les débuts officiels auront lieu le 7 avril 1947 au Grand Prix de Pau.

A la fin de la saison 1947, la F.I.A. annonce la création d’une deuxième formule, sorte de deuxième division, pour le 1er janvier 1948. Ainsi deux formules vont coexister : la Formule A et la Formule B. Néanmoins le terme de Formule A et de Formule B a du mal à s’imposer et la presse préfère parler de Formule 1 et de Formule 2. Ainsi, la F.I.A. va céder à l’usage et va officiellement l’adopter dès 1949.

De fait, de 1946 à 1949 ce sont plus d’une soixantaine de courses et de grand prix qui se sont déroulés réunissant des monoplaces élaborées selon les règles de la Formule 1. Ces épreuves n’apparaissent pas dans les statistiques et pourtant s’y sont écrites parmi les plus belles pages de l’Histoire du sport automobile.

En 1950 le championnat du monde de F1 est créé. Il comporte 7 épreuves dont les 500 miles d’Indianapolis. Néanmoins, cette saison-là, pas moins de 14 autres courses de F1 vont être organisées. Parmi elles le Grand Prix de Pau, le Grand Prix de Paris, le Grand Prix des Pays-Bas mais aussi l’International Trophy, l’Ulster Trophy, le Circuito di Pescara, etc…

Cette tradition d’avoir un certain nombre de courses organisées dans le cadre du championnat et d’autres organisées hors championnat va perdurées jusqu’en 1983. Néanmoins, l’importance médiatique grandissante de la F1, qui va devenir de plus en plus un business pour devenir de nos jours un véritable show plus qu’un sport, fait que les courses du championnat du monde vont prendre de l’importance, vont s’accroître pour finalement supplanter et faire diminuer le nombre des autres épreuves pour les voir finalement disparaître.

Celles-ci avaient pourtant quelques avantages et étaient reconnues au niveau de la fédération : les essais privés étaient peu nombreux et les courses hors-championnat permettaient de remplacer les séances de tests ou d’entraînements. Elles permettaient ainsi, avantage non négligeable, aux concurrents de percevoir des primes de course, et donc de financer leur saison.

Ces courses étaient aussi l’occasion de faire débuter de jeunes talents sans prendre trop de risques. De même, à une époque où l’amateurisme était encore de mise en F1, les gentlemen drivers pouvaient, à moindre frais, disputer quelques courses et se frotter ainsi aux meilleurs pilotes. Car, il faut bien saisir que, bien que hors-championnat, ces épreuves alignaient la plupart du temps, les pilotes du championnat. Ainsi, les Fangio, Moss, Clark, Stewart, Andretti & Co prenaient le départ de courses dont aujourd’hui on parle trop peu.

Une autre règle voulait aussi que, pour qu’un circuit soit homologué pour l’accueil d’une épreuve du championnat du monde de F1, il devait organiser auparavant une course hors-championnat. Cette règle a disparu, donnant une raison de moins pour l’organisation de ce type de courses.

Toutes ces raisons font que, jusqu’en 1957, il y avait plus d’épreuves hors-championnat que incluses dans le championnat. De 1961 à 1963 la tendance va s’inverser avec une bonne vingtaine d’épreuves organisées en 1961 comme en 1962. Au début des années soixante le nombre de ces épreuves avaient lieu en Grande-Bretagne. Un habitant des îles britanniques pouvait ainsi disputer plusieurs courses de F1 dans son propre pays. Inimaginable de nos jours…

En 1964 le nombre de grand prix du championnat redevient majoritaire et, petit à petit, va supplanter les épreuves hors-championnat.

A partir de1973 le nombre des courses va se réduire à peau de chagrin. C’est notamment la F.O.C.A. (Formula One Constructors’ Association) chère à Bernie Ecclestone, qui fit pression pour voir disparaître ces courses hors-championnat. L’argument était qu’il y avait déjà bien assez de courses inscrites au championnat du monde (une quinzaine) et que des courses supplémentaires allaient occasionner une surcharge de travail et de coûts pour les écuries. Cela peut faire sourire aujourd’hui quand on voit que Mr E fait tout pour maintenir de nos jours une vingtaine de grand prix par an…

Néanmoins il y avait aussi d’autres possibilités de courir en F1 que ces épreuves hors-championnat qui réunissaient les participants du championnat du monde officiel de F1. Ainsi, plusieurs pays ont créé leur propre championnat de F1 pour accueillir des pilotes locaux au volant de F1 vieille d’un ou deux ans. L’Afrique du sud (dans les années 60-70) et la Grande-Bretagne (dans les années 70-80) en sont des exemples marquants. Sans compter les championnats, comme en Australie ou en Nouvelle-Zélande, qui autorisaient les F1 à participer à certains de leurs championnats. L’Histoire de la F1 ne se borne donc pas au championnat tel qu’il a été créé en 1950 et est bien plus riche et varié que cela.

Ainsi, si l’on intégrait dans les statistiques le palmarès ne serait-ce que des épreuves hors-championnat (en excluant les championnats exotiques de F1) on aurait quelques surprises. Jim Clark afficherait officiellement à son palmarès 44 victoires et non pas 25. Chris Amon ne serait plus considéré comme le pilote le plus malchanceux de l’Histoire puisqu’au lieu d’avoir un compteur de victoire à 0, il afficherait 2 victoires : L’International Trophy 1970 remporté au volant d’une March 701 devant Jackie Stewart et Piers Courage et Le Grand Prix d’Argentine 1971 au volant d’une Matra MS120 remporté devant Henri Pescarolo et Carlos Reutemann. Et que dire des 13 victoires de Luigi Villoresi et des 10 de Jean Behra ? Notre perception de certains pilotes en aurait été peut-être été changée ?

De la même façon certains constructeurs, certains oubliés de nos jours, peuvent afficher une ou des victoires à leur palmarès : Talbot, ERA, Gordini, Connaught, Lancia, Surtees, Ferguson, BRP, Theodore n’ont rien gagné en championnat mais ont pu gagner des courses de F1. Toute une Histoire à reconsidérer…

C’est donc ce que propose ce site en vous racontant ces courses, ces pilotes et aussi ces voitures qui n’ont pu prendre part à un grand prix officiel mais qui ont couru en F1. Ils ont participé, eux aussi à la grande Histoire de la F1.